À chaque été, c’est pareil. C’est le retour des cerises. Et au détour d’une allée d’épicerie un peu morne, c’est toujours le même manège : mes yeux s’allument d’une lueur un peu enfantine, des souvenirs me montent à la tête, un petit sourire gourmand s’esquisse sur mon visage, j’attrape le sac de cerises d’une main, passe la langue sur le bord de mes lèvres en m’imaginant croquer tout de suite ce petit rubis juteux, jette un œil de travers à l’étiquette de prix et… « HEIN, mais c’est du vol !!! »
Fin du rêve. La trame sonore dégringole. Rembobinez. Fondu au noir.

Mais après deux-trois fois de ce petit manège, je finis toujours par succomber (même si le sac de cerise doit être l’achat le plus cher de mon panier d’épicerie). Je succombe parce que j’aime trop ça. Je succombe parce que le temps des cerises, après tout, c’est juste une fois dans l’année. Et après, ça sera le retour de l’hiver. Et après, je ne pourrai pas faire de clafoutis aux cerises.

Ma radinerie face au prix des cerises est facilement explicable, puisque, pendant de longues années d’enfance, j’ai vécu auprès d’une des plus belle et abondante source qui soit : le cerisier du jardin. Un énorme cerisier dont les branches et les superbes fleurs s’étendaient jusque dans la rue, dans l’impasse de l’autre côté, et qui faisait le bonheur de toute la famille et des voisins. Car le viel arbre n’était pas avare en fruits, ah ça non.

Se retrouvant alors avec des kilos de cerises sur les bras, c’était le temps pour ma mère de faire des clafoutis, des compotes, des confitures et ce qu’il restait (car il en restait), on le mangeait du bout des doigts, on s’en faisait des boucles d’oreilles, et on remplissait d’énormes sac plastiques (Leclerc ou Auchan, mes parents avaient leurs préférences) qu’on apportait aux voisins en sonnant comme des dingues à leurs portes…

Mais le meilleur moment, c’était quand l’odeur du clafoutis embaumait la maison. Et quand je savais que j’allais avoir le droit à ma giga part (ne cherchez pas, j’ai toujours été gourmande). C’était en plus si simple à préparer qu’on mettait- mon frère, ma sœur et moi- souvent la main à la pâte pendant que nous laissions à ma mère la tâche ingrate de dénoyauter les cerises à la main. (un petit sourire narquois m’ait monté aux lèvres quand j’y ai repensé en le faisant moi-même hier.)

Comme je n’écris pas depuis Hollywood, permettez-moi de finir l’histoire comme la réalité a voulu qu’elle se termine. Un jour, il a fallu déménager et vendre la maison à des cons (oui, faut être con) qui ont abattu le cerisier du jardin. Motif incroyable mais vrai : l’arbre donnait trop de cerises. Moi qui me disais, du haut de mes 10 ans, que je pourrais toujours repasser par l’impasse pour voler 3-4 cerises en escaladant le mur, j’ai du finalement me résigner et manger des cerises « d’épicerie »- comme tout le monde.
Heureusement, mes souvenirs et le goût du clafoutis sont restés.